Article #2 du journal de froggy

Article #2 du journal de froggy

Maryvonne Fournier versus Froggymouth : accord ou désaccord ?

Relisant Maryvonne Fournier dans sa version originale j’ai été conforté par la similitude entre les deux approches. Je dirais même plus : Froggymouth est le dispositif dont elle ne pouvait que rêver. Elève tout comme moi de Jean Delaire nous avons toujours défendu la nécessité d’intégrer une phase de rééducation dans TOUS les protocoles orthodontiques. Mais les résultats très aléatoires et chronophages ont découragé plus d’un praticien.


« Force est de constater que les rééducations neuro-musculaires linguales, labiales, fonctionnelles récidivent fréquemment. Mais s’agit-il vraiment d’une récidive ? Cela supposerait qu’il y ait eu guérison. Il semble plutôt que le but recherché, à savoir l’automatisation de la posture de la fonction, n’ait pas été obtenu. C’est pourtant cela la véritable guérison. Nous ne sommes pas assez vigilants pour contrôler minutieusement si l’automatisme a été obtenu. Nous nous contentons souvent d’observer les réponses neuro-musculaires aux ordres donnés. Il s’agit bien au contraire d’obtenir un automatisme, donc une praxie sans conscience. » Maryvonne FOURNIER.

 

Ne fait-elle pas directement appel à l’utilisation d’une voie anoétique ?

 

La rééducation de la déglutition passe nécessairement par trois étapes : l’engrammation, l’automatisation et l’inhibition de l’ancien programme.
La première étape l’engrammation passe traditionnellement par une prise de conscience des gestes effectués par le patient puis la prise de conscience du geste à effectuer, la répétition devant permettre l’automatisation. 

Etudié par Eric Kandel Prix Nobel de Médecine la modification du circuit neuronal se fait au niveau des synapses par augmentation des neurotransmetteurs généralement le glutamate. Cette étape est chronophage, fastidieuse et nécessite une forte motivation. Elle n’est utilisable qu’à partir du moment ou l’enfant peut avoir un contrôle moteur suffisant pour réaliser le geste parfait et ne concerne, ni l’enfant handicapé. Ni le jeune enfant aux environs de 4 ans âge ou portant 60% d’entre eux vont modifier physiologiquement leurs programmes de déglutition et cela sans le moindre exercice.

On entend généralement aussi parler de la nécessité d’avoir les lèvres fermées pour pouvoir respirer par le nez. Mais ne confondant pas bouche fermée et lèvres fermées.


« On peut rencontrer plusieurs types de difficultés : la langue travaille correctement mais les lèvres participent toujours à la déglutition. Il faudra faire travailler le patient lèvres entre-ouvertes … sinon l’interposition linguale est inévitable.
Il est parfaitement possible d’avaler sa salive sans serrer ni joindre ses lèvres »


Nous voilà encore d’accord, demander au patient de serrer ses lèvres active le nerf facial et inhibera donc l’action du nerf trijumeau dont le rôle est d’assurer la fermeture de la bouche.
Pour ce qui est de l’automatisation, le protocole d’utilisation de Froggymouth fait référence aux travaux de Robert Bjork (UCLA). Nous en avons déjà parlé dans le précédent numéro du journal de froggy mais il s’agit d’un aspect primordial et qu’il est bon de répéter. Il propose 4 protocoles d’apprentissage :

A.A.A.A. E
A.A.A.T. E
A.A.T.T. E
A.T.T.T. E

A représentant par exemple une séance d’apprentissage classique, T des tests intermédiaires permettant d’évaluer les progrès réalisés et E l’évaluation finale.


Il demande aux participants de choisir selon eux le meilleur protocole. La majorité choisira le programme 1 alors que le plus efficace est le programme 4.


Cette stratégie 4 sera reprise dans les programmes de jeux gérés par l’intelligence artificielle.
« Ce n’est généralement qu’en fin de partie que l’on sait si elle est gagnée ou perdue … L’astuce qu’ont trouvée les informaticiens consiste à apprendre 2 choses en même temps : agir et s’auto-évaluer. Une moitié du système, qu’on appelle le critique, apprend à prédire le score final. A chaque instant ce réseau de neurones évalue l’état du jeu et tente de prédire la récompense : suis-je plutôt en train de gagner la partie ou de la perdre ? Grâce aux critiques qu’il se forge au fil des essais, le système dispose d’une évaluation de ses actes à chaque instant et non plus seulement à la fin de la partie. L’autre moitié du réseau, l’acteur, peut alors utiliser cette évaluation pour se corriger. Au fil des essais, l’acteur et le critique progressent ensemble, l’un apprend à agir à bon escient en se focalisant sur les actions les plus efficaces tandis que l’autre apprend à évaluer les conséquences de ses actes ».


Ces séances de contrôle pourront être confiées aux parents qui devront trois fois par jour dire à l’enfant si ses lèvres sont dans une posture correcte (les circuits corrects seront renforcés inconsciemment par la libération de dopamine) et trois fois par jour les reprendre s’ils constatent une contraction des orbiculaires.


Sous les ordres des cortex prémoteur et moteur, la séquence motrice sera gérée par les circuits de la substance grise de la moelle épinière et du tegmentum du tronc cérébral (motoneurones alpha). Elle sera contrôlée au niveau du cervelet, qui détecte et corrige la différence entre mouvement exécuté et mouvement souhaité, et des ganglions de la base qui suppriment les données erronées et préparent les mouvements à venir.


Un test tout simple nous permettra de juger si notre rééducation a été efficace : demander à l’enfant de compter jusqu’à 60, si vous apercevez la langue entre les arcades dentaires l’automatisation n’a pas encore été obtenue, si la langue reste bien à l’intérieure des arcades dentaires, vous pourrez espacer de plus en plus vos séances de surveillance.
Il est en effet impossible de faire en même temps deux choses avec le même organe : si l’enfant articule avec sa langue il avalera la salive en contractant les lèvres inversement si ceux sont les lèvres qui modulent les sons une simple contraction des muscles élévateurs de la mandibule permettront l’occlusion dentaire et le mouvement péristaltique du dôme lingual.


Voilà qui nous permet de revenir à Maryvonne Fournier : « L’ensemble : position de repos, déglutition, prononciation des palatales n’est jamais dissociable Ou bien les trois fonctions sont anormales, ou elles sont toutes les trois correctes »

Docteur Patrick Fellus

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